Sirènes, les sorcières marines?

Mythes, légendes et femmes : pour une réhabilitation de la Sirène

Quand on parle de femmes dans la mythologie, on pense bien souvent en premier à la Sirène, symbole qui a traversé les siècles. Mais que retenons-nous vraiment de cette figure mythique qui a marqué plus de civilisations qu’on ne le pense ?
Mythes, légendes et femmes : pour une réhabilitation de la Sirène
S’il y a bien une figure mythique que l’on tient pour acquise, tant elle est présente depuis des siècles dans l’imaginaire populaire, c’est la sirène.
Quand on parle de « sirène », les premières images qui nous passent par la tête sont en général celles de la sirène d’Ulysse, la tentatrice à la limite du monstre marin, qui s’oppose aux peintures troublantes de femmes-oiseaux sur les vases grecs… Ou bien la célèbre rouquine du monde de Disney qui rêvait de « partir là-bas » — un peu, à son tour, comme la petite ondine du conte d’Andersen qui l’a inspirée.
Et pourtant, il ne s’agit que de la couche superficielle du mythe : l’image de la sirène, l’impression que le mythe relayé par quantité d’artistes, savants et mythographes, a laissée sur nos esprits, est beaucoup plus forte qu’il n’y paraît. Les siècles l’ont déchirée en mille facettes, pas toujours bien reluisantes, mais une idée générale — son aura — est restée la même. La sirène, c’est l’attraction, le charme irrésistible, cette fascination qu’on ne s’explique pas. L’univers mystérieux des ondes.

C’est cette situation d’entre-deux qui a peut-être contribué à lui donner deux visages dans la culture populaire : de la douce vierge innocente à la femme fatale qui va littéralement vous manger tout cru. Une femme, quoi qu’il en soit, attirante et libre, ce qui en a étrangement fait quelque chose de dangereux…
Mais autant essayer de reprendre le fil depuis le début. Une sirène, c’est quoi ?

La sirène méditerranéenne VS la sirène nordique

C’est fou comme on en revient toujours à une sorte de rivalité Nord/Sud. En effet, il convient de préciser que les deux types de sirènes les plus connues aujourd’hui sont issues respectivement de deux traditions mythologiques : la mythologie gréco-latine, et la tout aussi riche, bien que plus méconnue, mythologie nordique.
Nos amis anglophones ont d’ailleurs un mot pour chacune : siren reviendrait à la sirène gréco-latine, tandis que mermaid désignerait la sirène des mythes scandinaves. L’étymologie est, vous vous en doutez, plus qu’incertaine pour les deux mots. Sinon c’est pas drôle.
Ils désignent cela dit chacun une créature hybride. Mais même là, ce n’est pas clair : la sirène est parfois décrite mi-femme et mi-oiseau, parfois mi-femme et mi-poisson. La première, celle à plumes, est assimilée à la mythologie grecque, même si les descriptions de la sirène sont toujours vagues, et que la créature à plumes ressemble un peu trop à une autre femme mythique, la Harpie. Nous y reviendrons. La seconde, celle à écailles, est celle qu’on retrouve dans les manuscrits moyenâgeux, et qui peuple les mythes du Nord sous différents visages.
Mais puisqu’il s’agit d’essayer d’y voir plus clair, essayons de prendre les choses une par une, et commençons par la sirène grecque, probablement la plus ancrée dans nos moeurs à cause de l’Odyssée d’Homère, et de l’importance qu’ont les mythes grecs et latins dans notre société occidentale.

Une tradition gréco-latine pas bien décidée

En fait, certains chercheurs vont jusqu’à dire que la sirène est typiquement grecque, tout en admettant que les origines de celles-ci sont plus que troubles, puisque la première mention connue aujourd’hui figure dans l’épisode que vous connaissez certainement de l’Odyssée d’Ulysse. Un petit rappel ne devrait faire de mal à personne.

Alors que Circé consent à laisser repartir Ulysse (ou que celui-ci commençait à se lasser du plan cul, c’est selon), elle le prévient au sujet des sirènes :
« Tu rencontreras d’abord les Sirènes qui charment tous les hommes qui les approchent ; mais il est perdu celui qui, par imprudence, écoute leur chant, et jamais sa femme et ses enfants ne le reverront dans sa demeure, et ne se réjouiront. Les Sirènes le charment par leur chant harmonieux, assises dans une prairie, autour d’un grand amas d’ossements d’hommes et de peaux en putréfaction. »
(extrait du Chant XII de L’Odyssée)
On est d’accord, ça fait pas super envie. En arrivant à ce qui serait le rocher des sirènes (dans certains écrits, car ce n’est pas précisé par Homère), Ulysse suit les instructions de Circé : il bouche les oreilles de ses marins avec de la cire molle et se fait attacher au mât avec l’ordre de ne pas le détacher avant d’avoir dépassé les sirènes, même s’il les supplie, crie, se fait pipi dessus, etc. Ainsi, Ulysse obtient le privilège d’écouter le chant des sirènes en évitant l’aspect quelque peu fatal de la chose.
Le reste de la tradition antique a fait des sirènes des créatures avec un corps d’oiseau et une tête de femme, et des musiciennes d’un talent divin dont le chant séduisait les marins qui en perdaient la raison et allaient s’échouer pour se faire dévorer par ces fourbes créatures.
Retenons de cela deux choses : déjà, on essaie de nous faire croire que des oiseaux jouent de la lyre. (Non mais des OISEAUX on vous dit.) Et ensuite, si Homère ne les décrit pas comme des enfants de choeur puisqu’il parle d’ossements d’hommes et autres réjouissances aussi éloquentes que la tête de mort sur un drapeau pirate, il ne met l’accent ni sur des instruments, ni sur des histoires de plumes.
Ce détail d’un vase datant de 480-460 av. JC. a clairement contribué à l’image de la sirène femme-oiseau, quand en réalité Homère ne décrit rien de tel. Via
On retrouve donc dans l’art antique des scènes de femmes-oiseaux attaquant directement les bateaux (et sans instruments, notez). Des écrits d’Homère, cela dit, on retient l’impression d’avoir affaire à l’archétype de la « femme fatale », qui est en plus allongée — lascivement sans aucun doute — dans une « prairie fleurie », ce qui peut rendre un peu perplexe quant à leur nature et appartenance marine. En tout cas, ici, ni plumes, ni écailles.
Alors comment expliquer les plumes ? Plus tard, Ovide, y tenant tout particulièrement, explique dans ses Métamorphoses l’apparence emplumée des sirènes en en faisant les compagnes de Perséphone, la fille de Déméter. Lorsque Perséphone fut enlevée par Hadès, Déméter leur donna des ailes (ou une jolie métaphore pour un coup de pied au…) pour leur permettre de la retrouver.
Le mythe s’étend, se divise, se ramifie, se perd et se retrouve… Et les sirènes deviennent des divinités fluviales, maudites par Déméter pour leur négligence.
Alors : oiseaux, oiseaux avec des doigts, femmes de la mer… Si l’apparence de la sirène reste plus que trouble, elle demeure une créature hybride sur un point : l’oiseau et la créature de la mer, la femme sur son rocher, entre monde aquatique et monde aérien, une situation « entre les mondes » qui pourrait être bien plus pertinente qu’il n’y paraît.

Une tradition du Nord méconnue

On retient aujourd’hui moins d’épopées scandinaves, ou de récits qui, au même titre que les écrits des poètes grecs, nous auraient laissé des indications quant aux croyances et moeurs générales de ces civilisations. Le fait est que beaucoup d’écrits ont été perdus.
Le plus connu d’entre eux est l’Edda de Snorri Sturlusson, mythographe islandais du XIIIème siècle qui entreprit un jour de composer des vers scaldiques sur le thème de la mythologie nordique. On l’appelle l’Edda en prose pour le différencier de l’Edda poétique, un autre manuscrit énorme mais anonyme.
Problème : si les Eddas représentent bien 95% de ce que l’on connaît de la mythologie nordique aujourd’hui, le souci de la frontière entre le mythe et la littérature est plus fort que jamais dans ce cas. S’agit-il vraiment de compilations sur les moeurs et les croyances nordiques ? Ou les auteurs ont-il puisé un peu partout dans le seul but de la poésie, de la littérature… de l’Art ?
Vous me direz, Ovide et bon nombre de ses compères font plus figures de poètes que de mythographes. C’est bien le problème. Mais les sources scandinaves sont tellement rares qu’il nous manque des éléments de comparaison. Et pour en rajouter une couche, ce que l’on sait aujourd’hui de ce petit mais riche monde antique est surtout ancré dans la culture populaire actuelle, parce que les premiers auteurs de fantasy — au pif, William Morris, J.R.R. Tolkien — ont puisé dedans à peu près en même temps que le phénomène du « Celtic Revival ». Imaginez le melting-pot, un peu.

Du coup, la sirène nordique, c’est un peu la sirène scandinave, irlandaise, celtique… Les légendes fusent de partout, mais on s’accorde à peu près sur le nom en anglais : mermaid. Pour l’étymologie, bon, je vais pas vous mentir, il y a plusieurs écoles (qui se tapent dessus), mais la plus crédible reste le vieil anglais mere pour la mer et maid pour la jeune fille. Jeune fille de la mer… ce qui, encore une fois, ne précise rien sur son éventuelle apparence hybride.
Cependant, l’image de la femme-poisson est courante dans la mythologie nordique. Queue de poisson en bas, et corps de femme en haut, les sirènes-mermaids ont un agenda chargé, entre monstres marins à l’origine de naufrages, femmes de la mer tombant amoureuses de marins, ou même prophétesses, prédisant les tempêtes.

La sirène universelle

Comme mers et océans pénètrent les terres en fleuves, rivières et petits ruisseaux, l’image de la sirène a envahi jusqu’aux plus petites régions. Ainsi, on retrouve sa trace en Allemagne sous l’appellation Nixie, c’est Neck ou Näcken dans les pays Scandinaves, on parle de Rusalkas en Russie, de Nagas en Inde, et on est sur la Vouivre en France et les Dragas en Occitanie.
Je ne sais pas si on peut vraiment parler de sirènes ici, mais les similitudes sont si troublantes que le mythe a forcément dû circuler : des enchanteresses aquatiques insaisissables qui attirent l’homme à elles, souvent sous l’apparence de belles jeunes femmes qui ont une queue de poisson/serpent ou la capacité de changer de forme.
Et n’oublions pas les ondines, ces nymphes des eaux à l’aura un peu plus innocente, qu’a immortalisées Andersen comme des romantiques lorsqu’il a écrit son conte La petite ondine. Ce petit récit dépressif est néanmoins très intéressant, dans le sens où il intègre beaucoup de motifs mythologiques, et surtout, qu’il fait de la sirène la gentille héroïne non diabolisée de sa propre histoire, probablement pour la première fois.
Une sirène, qui n’est pourtant qu’une « créature » sans âme, et qui finit par se sacrifier pour sauver l’homme qu’elle aime, s’élevant ainsi au rang de fille des airs — bouclant de cette façon son propre chemin initiatique, des eaux au ciel.

Si l’élévation spirituelle dans le monde des airs ressemble à une finalité en soi que l’on ne retrouve pas dans les mythes où la sirène n’est qu’un obstacle au héros, ce lien constant entre deux territoires fait penser que, de toute évidence, c’est la tradition d’une hybridité que l’on retient. Comme si cette femme des eaux était une médiatrice entre notre monde bien palpable qu’est la terre et le royaume obscur des eaux, une transition.

L’être aquatique, ou les eaux comme passage vers l’Autre Monde

Et justement, dans beaucoup de folklores encore un peu actuels, le chant de la sirène est un mauvais présage : elle prédit les catastrophes en mer… comme elle peut les provoquer. Cette caractéristique pourrait bien être ce qu’il reste de la définition même de la sirène à « l’origine » du mythe, puisque dans l’Antiquité déjà il était dit que les sirènes d’Ulysse n’étaient pas tant des prédatrices du point de vue physique que spirituel.
Dans De Finibus, Cicéron disait : « Ce n’est ni la douceur de leur voix, ni leurs chants qui retenaient les navigateurs, mais l’assurance qu’elles savaient beaucoup. » Ainsi, le danger qu’elles représentent n’est autre que leur grande connaissance, très vraisemblablement des deux mondes : le monde des vivants et le monde des morts.
Souvenez-vous de Cérès qui punit les sirènes en les changeant en oiseaux. En les bannissant de la sorte de la sphère divine, elle les fait passer du monde aquatique au monde aérien.

Il faut comprendre, pour accepter cette interprétation, que l’eau est considérée dans la plupart des cosmogonies (si ce n’est toutes) comme un lieu de passage, pas seulement dans le monde gréco-romain, mais déjà, par exemple chez les Sumériens. Le monde aquatique est assimilé à l’autre monde, et la sirène vivant entre deux mondes, elle est la mieux placée pour chanter chez les vivants les vérités de l’après-vie. Et quel plus grand secret que le secret de la mort, ou quoi que représente l’Autre Monde ?
La sirène prend une fonction mantique ; les chansons qui séduisent les marins seraient en réalité fatales dans le sens où elles délivrent une vérité trop grande pour être acceptée par le commun des mortels sans rendre fou. Et quand on craque un fusible en pleine mer, je dirais qu’on saute facilement par-dessus bord.
Le fameux chant de la sirène est dangereux, mais pour l’esprit et non pour le corps. Et Ulysse, qui pense à un stratagème pour y résister, pourrait bien être reparti plus sage de l’épreuve initiatique par excellence.

Conclusion : la sirène, la femme enchanteresse et l’occulte

Aux alentours du Moyen Âge, cette femme pourvue d’une vaste connaissance a vu ses éventuelles écailles la faire se retrouver aux côtés du serpent biblique, a.k.a le Diable. Une fois qu’on figure dans le rang des monstres bibliques, et qu’on commence à se perdre dans les traductions et les différentes assimilations des mythes païens, gréco-latins comme nordiques, dans la tradition chrétienne, on peut se dire qu’on est foutu-e pour de la caractérisation positive.
Vous remarquerez que la sirène figure toujours dans des « bestiaires »… Sans vouloir être caustique, une femme fascinante et savante qui devient on ne sait trop comment un animal, c’est peut-être un peu facile.

« Fascinante » a également pris une dimension érotique. Il n’était pas vraiment précisé auparavant que la sirène était une femme d’une grande beauté ; c’est son chant ou ses paroles qui la rendaient irrésistible. Les sirènes se sont vues utilisées comme des métaphores au désir charnel et à la luxure, et, étant une créature diabolique, à la tromperie.
Encore un petit raccourci facile ? Pour le plaisir : fascination = tentation = Diable = MAL. Leurs représentations médiévales les montrent souvent avec les attributs de la prostituée : le peigne, le miroir, et la longue chevelure ondoyante, libre et non coiffée.
Alors, la sirène, monstre marin diabolique, ou femme fatale diabolisée au même titre que la sorcière pour son savoir ? Ou peut-être un peu des deux… Après tout, raisonner ainsi pour un mythe aussi vieux revient à essayer d’appréhender une perception du monde antique sous la seule perspective, en l’occurrence trop manichéenne, de la tradition judéo-chrétienne. Mais la sirène, figure mythique aux multiples facettes, n’est au moins pas une chose : une simple bête maléfique qui en veut au Pénis Sacré.

Pour aller plus loin :

Les Sirènes, Adeline Bulteau
Ulysse, Circé et les Sirènes, J-F. Cerquand
Croyances et légendes du Moyen Age, Alfred Maury
Le Chant de la sirène, Vic De Donder
Sirènes et Ondines, Edouard Brasey (merci à Gloria Robquin)

Chamanisme de Mongolie et de Sibérie

Brûlées vives... Celles qu'on disait sorcières


Arte - Brulées Vives - Celles Qu'on Disait... par Nhomme-Beur-One
Arte - Brulées Vives - Celles Qu'on Disait... par Nhomme-Beur-One
Arte - Brulées Vives - Celles Qu'on Disait... par Nhomme-Beur-One

Paralysie dans le sommeil

La chose dans le noir

John Henry Fuseli - Le Cauchemar
John Henry Fuseli – Le Cauchemar
La scène se déroule dans votre chambre, au beau milieu de la nuit. Vous venez d’ouvrir les yeux, et malgré tous vos efforts, vous ne parvenez pas à bouger. Votre corps engourdi ne répond plus. Et soudain, vous sentez qu’une présence hostile vous observe au pied du lit : c’est une forme noire, humanoïde, qui s’approche maintenant de vous, et qui semble vouloir vous étouffer en exerçant une pression sur votre torse. Au prix d’un effort désespéré, vous parvenez enfin à vous libérer, mais la forme disparait au même instant. L’expérience, qui n’aura duré que quelques secondes, vous laisse dans un état de terreur et de confusion : vous venez de vivre une paralysie du sommeil.
Durant le sommeil paradoxal, la phase où se déroule la majorité des rêves, le corps est paralysé par des mécanismes cérébraux afin que nous ne reproduisions pas dans la réalité les mouvements que nous faisons en rêve. Mais parfois, alors que les muscles sont maintenus dans cet état d’atonie naturelle, il arrive que l’esprit s’éveille, et l’on se retrouve alors conscient et prisonnier. C’est ce trouble que désigne le terme « paralysie du sommeil ». Là où le phénomène devient vraiment inquiétant, c’est qu’il est presque toujours accompagné d’hallucinations dites hypnagogiques ou hypnopompiques, selon qu’elles se déroulent au moment de l’endormissement ou du réveil.
A quelques variations près, la nature de ces hallucinations est étrangement semblable pour tout le monde : le sujet terrifié perçoit une présence hostile dans la pièce, qui essaie parfois de l’étouffer en écrasant son torse. Lorsqu’elle est vue, l’entité a généralement la forme d’une ombre humanoïde. Des hallucinations auditives et tactiles peuvent également donner l’impression au sujet qu’il y a des voix ou des bruits de pas dans sa chambre, et que la présence essaie de le saisir pour l’emporter. Dans de plus rares cas, certains témoins disent avoir eu l’impression de flotter au dessus de leur lit, ou de subir des agressions sexuelles. L’expérience ne dure jamais plus de quelques minutes, mais elle n’en reste pas moins traumatisante.
Tout comme le tableau homonyme de Fuseli, le Cauchemar de Nicolai Abraham Abildgaardsemble avoir été inspiré par la paralysie du sommeil.
Tout comme le tableau homonyme de Fuseli, le Cauchemar de Nicolai Abraham Abildgaard semble avoir été inspiré par la paralysie du sommeil.
On trouve trace de la paralysie du sommeil dans toutes les cultures, où elle a donné lieu à de nombreuses légendes et interprétations : en Chine, on parle du Gui ya chuang, ou « fantôme qui écrase le lit » ; au Japon, c’est le Kanashibari. Dans les cultures musulmanes, on parle souvent des Djinns qui essaient de posséder le corps du dormeur. Au Canada on évoque la « vieille sorcière ». Mara en Islande, Khyaak au Népal, Karabasan en Turquie ou encore Amuku Be au Sri Lanka ne sont que quelques uns des noms utilisés dans le monde pour désigner l’entité maléfique qui surgit durant la paralysie du sommeil. De nombreux chercheurs pensent également que certains mythes modernes tels que les enlèvements d’extraterrestres peuvent être expliqués par le phénomène, de même que les attaques d’incubes et de succubes au moyen-âge.
Les causes de la paralysie du sommeil restent encore mal comprises. Cependant, on pense que certains facteurs peuvent en faciliter l’apparition, comme le stress, ou les heures de sommeil irrégulières. Si les cas de paralysie chronique restent rares, les études montrent qu’entre 25 et 30% des gens expérimentent le phénomène au moins une fois dans leur vie, quel que soit leur âge ou leur sexe. Si ça vous arrive, essayez de vous détendre. Rappelez-vous que c’est temporaire, et que tout se passe dans votre tête. Enfin, en respirant calmement, attendez que disparaisse la chose dans le noir…
Plus d’infos :

Sorcières, mes soeurs

/ Critique - écrit par iscarioth, le 18/10/2006

Source : http://bd.krinein.com/sorcieres-soeurs/

Sorcières, mes soeurs est un album de mémoire et d'enjeux, à conseiller vivement à tous ceux déjà alertés par les problèmes rencontrés par les femmes comme à ceux qui méconnaissent encore le sujet.
Première page, une statistique épouvantable : « Tous les quatre jours en France, une femme meurt sous les coups de son partenaire ».
Quatrième page, un hommage à Sohane Benziane, « brûlée vive à Vitry le 4 octobre 2002 pour avoir été libre ». Deux premières phrases qui nous mettent la pensée féministe en tête. Au-delà du constat effarant évoqué premièrement, Sohane Benziane, c'est un nom qui résonne dans la tête des militant(e)s comme l'alarme ayant amené la création de l'association Ni putes ni soumises. Sorcières, mes soeurs serait il à affilier à la culture féministe ? Sûrement et tant mieux.
Sorcières, mes soeurs est une compilation d'histoires publiées dans les années quatre-vingt dans l'emblématique mensuel (A Suivre). Pour l'occasion, les planches ont été collectées et recolorisées. Ne vous attendez pas à une chronique moyenâgeuse sur les hérétiques, les satanistes traînés jusqu'à l'expiation par le feu. Pour Chantal Montellier, les sorcières sont bien plus contemporaines. On commence notre lecture avec l'histoire d'Eve des loups, une jeune femme évoluant vraisemblablement dans les années soixante ou soixante-dix, qui choque les hommes par son souffle émancipatoire. La jeune femme assassinée, ses bourreaux sont jugés et l'on a un peu l'impression de revivre le final de L'étranger de Camus. C'est l'assassiné que l'on juge, en fonction de sa moralité. De tout temps, on n'aime pas les femmes qui s'extirpent des limites qu'on a tracé pour elles. Alors on les diabolise, on en fait la chasse. Montellier révèle la peur qu'inspire aux hommes la femme libre, pensante et agissante. Ceux-ci prétextent dès lors une puissance occulte, maléfique, derrière cette liberté. « Les dominants sont conduits à identifier dans le personnage de la sorcière un prototype de rebelle absolue. Les élites culturelles et sociales imposent par l'exclusion ou le bûcher le respect des normes ou du moins la peur de les transgresser ». Cette thèse, Chantal Montellier prouve qu'elle n'a rien d'obsolète et que la « chasse aux sorcières » continue d'avoir lieu dans notre société contemporaine.
Sorcières mes soeurs est aussi une oeuvre à grande portée sociale. Montellier dépeint une France triste et morne, dans ses premières années de crise économique. Les jeunes gens éprouvent des difficultés à s'insérer professionnellement, l'univers urbain est pesant (voir l'histoire nommée Tituba). Sorcières, mes soeurs est articulé de brillante façon. Chaque histoire est introduite par une citation du livre de Jules Michelet sur les Sorcières. Un ouvrage semble-t-il prophétique et avant-gardiste dans son raisonnement. Les planches sont un mélange de tonalités noires et rougeâtres (ou la plupart du temps rosées). Les couleurs sont très froides et collent bien au contenu des vignettes ; souvent un entremêlement de narration réelle et de symboles diaboliques imagés. Certaines planches font l'effet d'un patchwork de formes, couleurs et monstres. Entre composition classique des corps et visages et agencement novateur, froid et baroque des planches, l'ambiance prend fortement.

Sorcières, mes soeurs est donc un album de mémoire et d'enjeux, à conseiller vivement à tous ceux déjà alertés par les problèmes rencontrés par les femmes comme à ceux qui méconnaissent encore le sujet. Une belle oeuvre de réflexion, de grande portée.

Sorcières, mythes & réalités

Sorcières, mythes & réalités [expo]

Source : http://lune.le-sidh.org/2011/11/29/sorcieres-mythes-realites-expo

Depuis quelques années déjà, j’avais envie de visiter les expositions régulières sur la sorcellerie et les rebouteux d’Auvergne organisées par la SEREST (Société d’Études et de Recherches des Survivances Traditionnelles, dont le président est Hugues Berton, ethnologue et auteur de quelques beaux ouvrages sur la sorcellerie de nos campagnes). Hélas, elles n’ont lieu que l’été dans ma région et c’est une période durant laquelle je suis occupée. Ayant ouïe dire qu’une partie de ces expositions seraient visibles à Paris cet automne, j’ai profité d’une semaine de vacances pour y faire un saut.
L’exposition s’intitule « Sorcières, mythes et réalités » et se tient au Musée de la Poste (15ème arrondissement) du 23 novembre 2011 au 31 mars 2012.
Si celle-ci vous intéresse, je vous recommande d’assister aux visites guidées, qui, selon le petit fascicule donné à l’entrée de l’expo, n’auraient lieu qu’à date précise : 8 décembre 2011, 12 janvier 2012, 9 février 2012 et 15 mars à 19h…  J’ai pourtant eu la chance d’arriver à l’heure d’une telle visite, peut-être était-ce pour le premier jour de cette expo ? À tout hasard, téléphonez au musée et renseignez-vous :)
L’exposition se décompose en 5 parties :
  1. L’imaginaire de la sorcellerie (œuvres d’artistes picturaux du XVIIe et XXe siècle)
  2. La sorcellerie au cinéma (extraits du film « Heksen » (1920) ; affiches de cinéma, maquettes de décor…)
  3. La chasse aux sorcières (l’Histoire authentique d’une exécution d’une centaine de personnes… racontée à travers une série de tableaux réalisés en 1938 pour le musée basque de Bayonne, par José de la Peña)
  4. Les pratiques magiques (une collection d’objets liés à la sorcellerie, exorcisme, envoûtements, mais aussi à la guérison, à la divination, à la protection.)
  5. Chez Mme P. (Mme P.  était la sorcière d’un petit hameau de la Creuse du début du siècle et faisait réaliser aux artisans locaux moult diables en terre cuite et autres objets à enchanter… Aussi étranges les uns que les autres.)
Si vous en avez la possibilité, avant votre visite au musée, parcourez les livres de Berton, notamment « Les Objets de Sorcellerie » aux éditions De Borée. Le conférencier n’évoquant pas forcément en détail chaque objet de la partie n°4… Ce qui est particulièrement dommage pour toute personne s’intéressant au reboutage et à la sorcellerie des campagnes.
C’est sur le tableau de Louis Maurice Boutet de Monvel, « La Leçon avant le Sabbat » (huile sur toile, 1880), que commence l’exposition. Et il fait son effet ! On entre dans un univers féminin, au-delà même de personnages représentés, la composition nous renvoie au sexe féminin, avec ses grandes lignes en forme de V. On pénètre facilement dans ce tableau, même si on met un certain temps à découvrir des détails qui n’en sont plus que savoureux. La vieille femme qui instruit la jeune femme séduisante, le corps nu enduit d’un onguent, le balai entre les jambes, prête à s’envoler pour le sabbat. La mort est omniprésente dans ce tableau, à travers la vieille et laide sorcière ainsi que le crâne à ses pieds ou encore cette chouette, oiseau nocturne, associé à la sorcellerie et annonciateur de mort. Mais je me tais… À chacun d’y voir ce qu’il y souhaite.

À travers quelques tableaux choisis, le cinéma, on se laisse porter par la visite commentée vers d’autres temps, l’Histoire et notre imaginaire, personnel et collectif. C’est intéressant et instructif, même si parfois les affirmations dites par le conférencier empruntent des raccourcis (la chasse aux sorcières serait née de la frustration sexuelle des hommes d’église, les conduisant à une certaine misogynie… Mais peut-être que misogynes et frustrés, ils l’étaient déjà avant même d’entrer dans les ordres…)
J’ai apprécié également que l’hystérie soit évoquée dans un tel contexte, bien que je sois restée un peu sur ma faim.
Voilà mes impressions en vrac, livrées avec l’esprit embrumé par une vilaine grippe :o) Sachez que l’exposition n’est pas très grande. Elle intéressante et bien pensée. J’ai été heureuse de pouvoir la visiter. Mes deux sorcières de copines qui m’accompagnaient ont également été enchantées par cette exposition.
Les évènements choisis (il y en a d’autres, renseignez-vous) autour de l’exposition :
  • Enquêtes extraordinaires : les Guérisseurs – Documentaire de Stéphane Allix, 1er décembre 2011 à 19h.
  • Les Sorcières – conférence de Hugues Berton, le 22 mars 2012 à 19h (j’espère pouvoir y assister :o))
Et quelques images de l’expo… Prises avec mon pitoyable téléphone portable :o)










Fées et sorcières, magiciens et enchanteurs/BnF-Contes de fées

Fées et sorcières,
magiciens et enchanteurs

"On donna pour marraines à la petite princesse toutes les fées qu’on put trouver dans le pays (il s’en trouva sept) afin que chacune d’elle lui faisant un don, comme c’était la coutume des fées en ce temps-là, la princesse eût par ce moyen toutes les perfections imaginables."
Charles Perrault, La Belle au Bois dormant
Au sommet de la hiérarchie des personnages merveilleux, la fée donne son nom au genre littéraire qui se développe en Europe à partir du XVIIe siècle. Attesté depuis le XIIIe siècle, le terme latin fata est employé couramment pour désigner les Parques romaines ou les Moires grecques, divinités de l’enfer, maîtresses du destin humain.
    


Les fileuses du destin humain
Collectée par les Frères Grimm à l’aube du XIXe siècle, la tradition allemande décrit à peine les fées, se contentant de mettre en valeur leur fonction d’accoucheuses comme le souligne le sens premier du mot "sage-femme" employé par les deux célèbres philologues. "Vieilles comme les pierres", leurs pouvoirs sont ambigus et on doute de leur bienveillance jusqu’au dénouement final.
  
C’est le cas de la vieille Gardeuse d’oies à la fontaine, qui jette des sorts à ceux qui lui porte assistance ; mais c’est pour mieux permettre à la fille du roi qu’elle protège d’accéder à la maturité. A la fois sorcière et fée, comme pour mieux "rappeler la nécessité des coutumes rituelles par quoi les grands événements de la vie prennent un sens." (introduction des Contes de Grimm par Marthe Robert), garantes du respect des rites, elles les transmettent aux enfants un peu comme ces conteuses auxquelles elles peuvent être facilement assimilées
  



  



Les fées de lumière des contes littéraires
"Dame si belle qu’elle ressemblait au soleil. Son habit était tout brodé de paillettes d’or et de barres d’argent".
Le merveilleux se charge d’accessoires avec Perrault ou Mme d’Aulnoy. Ce merveilleux transparaît dans les tenues vestimentaires des fées, chargées de "paillettes", rubis et saphirs ainsi que dans l’éternelle baguette dont elles ne sauraient se séparer. Leurs moyens de locomotion ou les lieux qu’elles investissent sont aussi marqués par l’intervention du surnaturel. Assises dans une coquille de perle (La Chatte blanche), tirées par des coqs d’Inde (Le Nain Jaune), chevauchant des nuages, des globes de feu, ou de somptueux équipages, elles se rendent d’un lieu à un autre "à la vitesse de l’éclair" ou "plus vite que l’air".

  



    



Magiciens et enchanteurs
Peu de personnages masculins parmi ces gardiennes du temps et de la mémoire : il semble que jeter des sorts, transmettre un rituel ou initier au passage d’un âge à un autre soit plutôt le fait de personnages féminins. Mais les princes ont parfois besoin d’un parrain et il existe quelques magiciens et enchanteurs dont la fonction est souvent de combattre ou de déjouer les pouvoirs de leurs consœurs. Ainsi "l’ami enchanteur du Roi Charmant" qui combat la puissance maléfique de la fée Soussio en aidant le roi, métamorphosé en Oiseau bleu à recouvrer son aspect d’origine ainsi que l’amour de la belle Florine.
Cependant, fées et magiciens peuvent être maléfiques, à l’instar des sorcières, comme la Fée du désert ou l’Enchanteur de la forêt des Lilas qui maintient Bonne-Biche et Beau-Minon sous sa coupe.

   



La sorcière, double maléfique de la sage-femme
De la sage-femme à la sorcière il n’y a qu’un pas aisément franchi dans les contes allemands : ainsi la sorcière qui invite Hänsel et Gretel leur apparaît-elle au premier abord comme une charmante grand-mère qui leur offre "du lait et de l’omelette au sucre, des pommes et des noix" dans sa maison de pain d’épices. Mais ce n’est qu’une ruse pour attirer les enfants et les manger. Car la sorcière est aussi un peu ogresse. Ce qui est aussi le cas de Baba-Yaga, la grand-mère sorcière des contes russes populaires, qui vit dans la forêt et "croque les gens comme des poulets" :
"Sa maison d’ossements était faite, des crânes avec des yeux ornaient le faîte, pour montants de portails des tibias humains, pour loquets ferrures des bras avec des mains et en guise de cadenas verrouillant la porte, une bouche avec des dents prêtes à mordre. […] Baba-Yaga monta dans son équipage et fila bon train. Dans son mortier elle voyage, du pilon l’encourage, du balai efface sa trace." (Vassilissa-la-très-belle). Avec son mortier et son pilon lui servant à broyer les destinées humaines tout en effaçant les traces de son passage parmi les hommes, Baba-Yaga est donc bien une fileuse de destinées, une initiatrice qui offre à Vassilissa le moyen de se défaire de sa marâtre : un crâne aux yeux ardents qui consument la méchanceté.
Soure

Figures de la sorcière dans Hansel et Gretel

HANSEL ET GRETEL

 Les jeunes lecteurs sont fascinés par la terrible sorcière, archétype de la dévoreuse d’enfants comme la Babayaga russe, qui est également dans la sélection du Cycle 2. Il est intéressant de demander aux enfants à travers plusieurs éditions du conte, quels sont les attributs du personnage et ce qui leur fait dire que c’est une sorcière.
- Elle peut correspondre aux représentations traditionnelles, laideur, nez crochu, chapeau pointu comme celle de Lisbeth Zwerger chez Minédition (14€).


 - Elle peut être hirsute et bariolée avec ses fameux yeux rouges comme celle de Kveta Pacovska ( Minédition, 21€)









- Mais dans le livre illustré par Monique Felix (Grasset, Monsieur Chat ; 12,10€) , c’est une beauté maléfique aux yeux jaunes hallucinés...










- Naïma Pasche (Drozophile, 21€, 12 ans) en fait une enjôleuse décharnée, mais fardée et élégamment vêtue de rouge.









 - et celle de Suzan Janssen (Editions Etre, 23,50€) à la chevelure crantée, recroquevillée dans sa robe à volants, également rouge ouvre une immense bouche ricanante et pleine de dents aigües !







Elles sont différentes ces femmes étranges, mais elles possèdent un point commun : ce sont toutes des dévoreuses d’enfants.
Marie-Claire Plume
Source : http://www.snuipp.fr/L-ARCHETYPE-DE-LA-SORCIERE